Caravage et le caravagisme européen

 Par Laurent Abry, historien de l’art

Faisant écho à l’exceptionnelle exposition du Palais Royal de Milan ce cycle de 5 conférences entend retracer un des phénomènes les plus fascinants de l’histoire de l’art européen : l’immense portée de la révolution caravagesque en Italie et bien au-delà, par le biais, notamment, des plus grands peintres d’Europe venus parfaire leur formation à Rome

Toutes les conférences de ce cycle :
Le mercredi de 14 h 30 à 16 h
Cinema le Navire

(9 Boulevard D'Alsace - 26000 - Valence, 26000 Valence)
Cycle de 5 conférences : 25 €, (Étudiant/Chômeur : 1/2 tarif)

 

Artiste ambitieux et visionnaire, tempérament exalté, Caravage n’a eu de cesse, durant sa courte carrière, de bouleverser les codes de la peinture, dans sa façon de travailler comme dans son attachement à la vérité et jusqu’à sa conception même du tableau. S’appuyant comme peu avant lui sur le modèle vivant, il a imposé à ses contemporains, par ses cadrages et par sa force plastique, une façon radicalement nouvelle de voir. Une esthétique renversante, où de la puissance des corps et des ombres se dégage une spiritualité rarement égalée.

Bouleversé de fond en comble, sans délai, par la nouvelle esthétique de Caravage et par son fulgurant succès, le foyer romain révèle en premier chef la portée de l’héritage du maître, immense et incontournable. Peindre après Caravage, peindre à l’ombre de Caravage est un défi pour les disciples, fidèles ou indépendants, pour les compagnons comme pour les interprètes tardifs. De Saraceni à Manfredi, d’Orazio Gentileschi à Leonello Spada, les tempéraments les plus divers s’y essayent et finissent par composer une véritable rhétorique caravagesque. de cette rencontre.

Tandis que Naples l’espagnol accueille, à la suite de Caravage, nombre de peintres italiens imprégnés de son esthétique, c’est la génération de Jusepe Ribera et de Juan Bautista Maino qui, marquée par le voyage d’Italie, offre les premières variations hispaniques autour du langage caravagesque. Soutenu par des mécènes de haut rang bien ancrés à Rome, le mouvement témoigne du succès de certaines formules héritées du maître, et, du même coup, de la circulation de ses œuvres et de leurs copies sur le sol espagnol.

Brillant foyer du caravagisme européen, l’école d’Utrecht puis sa vitalité à Rome même, où séjournent Hendrick Ter Brugghen, Dirk Van Baburen et Gerrit Van Honthorst. Ces authentiques caravagesques diffusent dans les années 1620 un style où domine la figure à mi-corps modelée par la lumière, et ouvrent la voie à une intensité narrative magnifiée par Rembrandt. Séduits par certains sujets typiquement caravagesques, les peintres flamands n’ont toutefois subi l’influence du lombard qu’autant que leur permettait l’immense portée du souffle rubénien. Sans prendre la dimension d’une école, le caravagisme a trouvé à Anvers, en Gerard Seghers et Theodoor Rombouts particulièrement, des interprètes majeurs dont les compositions atteignent une expressivité souvent monumentale.

Les jeunes peintres français arrivant à Rome à partir de 1610 sont tout autant marqués par Caravage que sensibles à la lecture codifiée qu’en donne Bartolomeo Manfredi, décrite dès la fin du siècle sous le nom de Manfrediana Methodus. Simon Vouet en tête, la plupart d’entre eux développent une version adoucie des formules caravagesques, empreinte d’une élégance parfois précieuse, avec laquelle contraste toutefois l’esprit d’un Valentin de Boulogne ou d’un Nicolas Tournier.

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